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Figaro, valet-ci, maître-là, de Pascal Arnaud, premier titre publié par Mon Petit Journal éditions
Figaro, valet-ci, maître-là, de Pascal Arnaud, premier titre publié par  Mon Petit Journal éditions
Je vais donc ouvrir cette rubrique d'édition, Mon Petit Journal éditions, par un nom connu de tous, FIGARO. Figaro, mais l’œuvre sera néanmoins à la fois très contemporaine et inédite. Car Figaro est éternel.

Sous le titre

« Figaro, valet-ci, maître-là »,

cette pièce est de la plume d'un auteur dramatique contemporain, mon frère Pascal Arnaud. Tout comme moi journaliste honoraire, il consacre son temps à écrire mais dans un domaine tout autre que le mien, quoique je parle de la vie, et que lui se consacre au théâtre, alors que la vie est, entre autres, une vaste comédie.

Pascal est non seulement auteur dramatique, mais aussi le père d'Hélène Arnaud, metteur en scène (ou metteuse, ou metteure, ou mettrice ?) et directrice artistique du Théâtre de l'Esquif dont je glisserai le lien plus loin. Il collabore de façon fructueuse avec elle et les trois pièces précédentes, La Véritable histoire d'Hamlet, l'Epouvantable histoire de Roméo et Juliette, et Stronk, se taillent de jolis succès sur les planches.

Quant à cette originale façon de revisiter Figaro, elle colle parfaitement au format de cette rubrique d'éditions. Détails et bon usage de ce blog, colonne de droite, à voir si vous voulez publier à votre tour.

Pour profiter de cette courte pièce, lisez le texte à haute-voix, de préférence à plusieurs, avant d'aller l'applaudir d'un parterre ou d'une troisième galerie !

L'Esquif : embarquez ici, en recopiant dans votre navigateur :

http://theatreesquif.wix.com/theatredelesquif#!nos_spectacles/c1bbk

Je conclus par des vœux de belle et bonne expérience à l'intention des lycéennes de Maurice Genevoix

LES PHOTOS DE TIMBRE ET COUVERTURE DE LIVRE SERONT COMPLÉTÉES J’ESPÈRE PAR DES IMAGES DES FUTURES REPRÉSENTATIONS...

(Tous droits réservés bien entendu)

VOIR LA NOTE DE L' AUTEUR ICI

http://monpetitjournaldicietdailleurs.over-blog.com/2016/01/une-evocation-novatrice-de-figaro-par-pascal-arnaud.html

Figaro, valet-ci, maître-là, de Pascal Arnaud, premier titre publié par Mon Petit Journal éditions

Figaro, valet-ci, maître-là

comédie courte de Pascal Arnaud

écrite à l’intention des aspirantes comédiennes

du lycée Maurice Genevoix de Bressuire

afin qu’impétrantes elles deviennent

à l’issue de l’épreuve

Personnages

Les Rouges : Camélia, Coquelicot, Amarante

Les Blanches : Aubépine, Fleur de Lys, Marguerite

La Rose : Églantine

PROLOGUE

CAMELIA - Parler de Figaro…

FLEUR DE LYS - Quelle galère !

MARGUERITE - Il le fait si bien lui-même.

COQUELICOT - Venir après lui…

FLEUR DE LYS - Quelle galère !

EGLANTINE - Remarquez, tout est dans les pièces.

AMARANTE - Trois de Beaumarchais.

CAMELIA - Une d’Ödön von Horvàth.

AUBEPINE - Ödön von Horvàth ?

CAMELIA - Ödön von Horvàth.

EGLANTINE - Figaro lui doit une deuxième vie.

COQUELICOT - C’est écrit.

AMARANTE – Imprimé.

CAMELIA - Texte intégral.

AMARANTE - Y a qu’à piocher.

AUBEPINE - C’est vrai, les œuvres complètes, c’est plein d’extraits.

FLEUR DE LYS - Faut tout se taper ?

CAMELIA - Y a qu’à piocher !

FLEUR DE LYS - Quelle galère !

TOUTES (chanté)

De Pierre-Augustin Caron

A tonton Ödön traduit du teuton

Obligé de s’les taper tous

Sans oublier Amadeus

AUBEPINE - Quelle galère !

EGLANTINE - Heureusement qu’on a une bonne metteure en scène.

COQUELICOT - Ça rassure.

AUBEPINE - Ça soulage.

EGLANTINE - Surtout quand elle a un auteur sous la main.

CAMELIA - Un auteur d’aujourd’hui.

AMARANTE - Un auteur contemporain.

MARGUERITE - Jusqu’à présent en tout cas.

AUBEPINE - Pas encore passé à la postérité.

FLEUR DE LYS - Quelle galère !

EGLANTINE - Enfin un auteur.

CAMELIA - Qui aime bien les jeunes.

COQUELICOT - Qui aime bien Figaro.

AMARANTE - Qui aime bien les extraits des œuvres complètes.

EGLANTINE - Et qui nous a écrit un texte.

CAMELIA - Un texte intégral.

COQUELICOT - Un texte pour nous.

MARGUERITE – Oh ! rien que pour nous ?

EGLANTINE - Ce texte…

AMARANTE - C’est un peu comme un cake.

COQUELICOT - On a le cake.

AMARANTE - Le cake…

CAMELIA - Et dedans c’est bourré de fruits confits.

MARGUERITE - Ou de bouts de lard si c’est un cake au lard.

EGLANTINE - Les extraits, c’est les fruits confits

MARGUERITE - Ou les bouts de lard.

AMARANTE - T’es lourde !

EGLANTINE - C’est pas la peine de leur expliquer.

CAMELIA - Ils sont assez grands pour comprendre !

FLEUR DE LYS - Qui ça ?

CAMELIA - Ceux qui vont nous voir jouer, tiens !

FLEUR DE LYS - Mais comment ils sauront quand c’est des fruits confits ?

AUBEPINE - Ouais, quelle galère !

COQUELICOT - Pas pour eux.

EGLANTINE - Ils vont deviner.

MARGUERITE - Oui puisqu’ils sont si forts

AUBEPINE - Offrons leur le plaisir de briller !

ACTE UNIQUE

Plateau nu, seulement jonché de livres qui portent les marques de nombreuses consultations, de dossiers épars, de feuilles de notes volantes.

Également un gros bocal de bonbons.

Camélia, Coquelicot, Amarante lisent, écrivent ; Aubépine, Fleur de Lys, Marguerite se détendent, mangent des bonbons. Églantine tourne en rond.

EGLANTINE - Gai !

CAMELIA - Joyeux !

COQUELICOT - Enjoué !

AMARANTE - Drôle !

CAMELIA - Moqueur !

AMARANTE - Serviable !

COQUELICOT - Charmeur !

EGLANTINE - Rusé !

CAMELIA -Pétillant !

COQUELICOT - Sémillant !

AMARANTE - Craquant !

EGLANTINE - Croquant la vie à belles dents !

CAMELIA - Rebelle !

AMARANTE - Voyou !

COQUELICOT - Élégant !

AUBEPINE - C’est un jeu ?

FLEUR DE LYS - On peut savoir ?

CAMELIA - Enfin quoi ! c’est Figaro !

MARGUERITE - Figaro ?

FLEUR DE LYS - Vénal.

AUBEPINE - Irrespectueux.

MARGUERITE - Hypocrite.

AUBEPINE - Tordu.

MARGUERITE - De toute façon, un homme du passé !

AUBEPINE - Passons.

FLEUR DE LYS - Si on pouvait…

EGLANTINE - Un homme du passé ! Figaro peut apparaître maintenant, il ne sera pas perdu, non ! il sera dans le temps présent ! Figaro est dans le temps présent.

CAMELIA - Comme Highlander !

AUBEPINE - N’importe quoi !

CAMELIA - Comme tu veux, petite tête !

COQUELICOT - Toi, tu risques pas de le rencontrer, Figaro !

EGLANTINE - Quand il débarque, là, en 1775 à La Comédie-Française, Figaro ! tu penses quand même pas qu’il vient de naître. Ce type-là, il avait forcément des vies avant. Tu vois pas l’expérience ! La connaissance du genre humain ! C’est un valet et il a tout compris ? C’était forcément quelqu’un d’autre, avant.

FLEUR DE LYS - Avant et après alors ?

EGLANTINE - Avant et après.

MARGUERITE - C’est quoi ce délire ?

CAMELIA - C’est pas un délire. Figaro, il est de maintenant.

COQUELICOT - Moi, je sens bien qu’il est quelque part, je sais pas où, mais quelque part.

MARGUERITE - La nympho !

CAMELIA - Mais non !

COQUELICOT- C’est comme Dieu !

AUBEPINE - Là vous déconnez, les filles !

COQUELICOT - C’est quand même un peu pareil.

CAMELIA - Mythique !

COQUELICOT - Moins il se montre, plus on y croit.

MARGUERITE - Mythique !

EGLANTINE - Mystique !

AMARANTE - Moi, je vais vous dire, ce mec-là, il m’intéresse.

AUBEPINE - Sérieux ?

AMARANTE - Il m’intéresse comme mec.

AUBEPINE - Grave !

FLEUR DE LYS - Tu veux dire, si Figaro…

AMARANTE - Quoi, Figaro ?

AUBEPINE - S’il était là. Tu ferais quoi ?

AMARANTE - Ce que je ferais ?

CAMELIA - Oui, qu’est-ce que tu ferais ?

AMARANTE - Ce que je ferais ? Je lui dirais… Puis-je allumer votre cigare ?

MARGUERITE - Il fume maintenant, Figaro !

COQUELICOT - Il fume, il enfume.

CAMELIA - Des cigarillos. Il en a plein les poches.

AMARANTE - Ou je lui dirais : voulez-vous un verre de vin ?

FLEUR DE LYS - Et après ?

AMARANTE - Après ? Oh après…

MARGUERITE - Atterris ! Tu sais qui c’est ce mec ? Tiens, j’invente rien, écoute :

J’ ai environ trois cents ans – tant j’ai d’événement derrière moi. Les Tziganes m’enlèvent, avant même que je connaisse mes parents, je leur échappe pour ne pas être vagabond, je m’efforce d’obtenir vaille que vaille un honnête métier et trouve (…) toutes les portes fermées. J’avais faim, j’avais des dettes (…) ! Je finis par trouver une porte ouverte et prends tous les métiers pour survivre, journaliste, maître d’hôtel, politicien, joueur, représentant, barbier, maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune, ambitieux par vanité, travailleur par nécessité, mais paresseux de nature et avec délices ! Orateur à l’occasion, poète par délassement, musicien au besoin, amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé, puis l’illusion s’est détruite, et, trop abusé, j’ai fini – par me marier !

CAMELIA - On s’en fout de sa bio. Figaro, c’est la gaîté, l’intelligence, l’humour ! La légèreté de la vie !

EGLANTINE - Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer.

COQUELICOT - Gai !

MARGUERITE - Il est gai Figaro ?

AMARANTE - C’est le fruit d’un amusement .

EGLANTINE - Jamais fâché ; toujours de belle humeur ; le beau, le gai, l’aimable Figaro !

CAMELIA - Et pas con !

AMARANTE - Partout supérieur à l’évènement.

EGLANTINE - Une sagesse assaisonnée de gaieté.

COQUELICOT - De la gaieté, il est le ministre !

MARGUERITE - Il finira sinistre !

AUBEPINE - T’as qu’à voir comment il se comporte avec Suzanne.

FLEUR DE LYS - Au début, tout feu tout flamme, et au final, il la plaque !

EGLANTINE - Et puis ils se recollent.

MARGUERITE - Tout finit par se recoller avec Figaro. Quelle glue !

AUBEPINE - Se mêle de tout !

FLEUR DE LYS - Fout le bordel !

MARGUERITE - Je casse mais je répare !

AMARANTE - La réconciliation, vous savez ce que ça veut dire, la réconciliation

MARGUERITE - Mais qu’est-ce que tu lui trouves ?

AMARANTE - Avec lui on s’emmerde pas !

EGLANTINE - Et vive la joie ! Qui sait si le monde durera encore trois semaines ?

AUBEPINE - Faut pas pousser ! c’est jamais qu’un concierge, un domestique, un valet !

COQUELICOT - Un valet de comédie !

FLEUR DE LYS - Être un roi ou un valet ? Aux cartes, ça dépend du jeu auquel on joue.

CAMELIA - Figaro est un as.

COQUELICOT - Un as de l’insolence !

EGLANTINE - Disons qu’il a son franc-parler.

MARGUERITE - C’est ce qu’on dit.

COQUELICOT - L’art de retourner les compliments.

EGLANTINE - Aux vertus qu’on exige chez un Domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de Maîtres qui fussent dignes d’être Valets ?

CAMELIA - Pan dans les gencives !

AMARANTE - Ça, il va à la castagne !

MARGUERITE - Des mots !

CAMELIA - L’autre Excellence, c’est son patron quand même. T’en connais toi aujourd’hui beaucoup qui diraient à leur chef : viens bosser à ma place on verra après !

EGLANTINE - Figaro, c’est un roturier, un enfant trouvé… y a une sacrée distance, surtout à l’époque !

MARGUERITE - Ah oui… Se moquer des sots, braver les méchants, rire de sa misère et faire la barbe à tout le monde.

AUBEPINE - Surtout faire la barbe à tout le monde.

AMARANTE - Il fait pas que couper des poils !

MARGUERITE - Il les couperait plutôt en quatre !

COQUELICOT - M’enfin, sans la liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur : c’est lui !

AMARANTE - Et il s’en prive pas, de blâmer.

MARGUERITE - De bramer !

EGLANTINE - La critique fleurit à sa bouche comme pâquerettes au printemps.

AUBEPINE - Elles sont vite tondues, tes pâquerettes, par les moutons de son propre intérêt.

FLEUR DE LYS - Un pas en avant un pas en arrière et deux sur le côté.

CAMELIA - Figaro est un danseur, voilà !

AUBEPINE - Il danse sur les mots, mais au fond…

FLEUR DE LYS - Mi-figue, mi-raisin.

MARGUERITE - Mi-fugue, mi-raison.

AUBEPINE - Ménageant la chèvre et le chou.

FLEUR de LYS - Toujours entre les deux.

MARGUERITE - Le cul entre deux chaises !

COQUELICOT - Deux chaises peut-être, mais pour s’asseoir.

CAMELIA - Faire en sorte de n’avoir jamais le cul par terre. !

MARGUERITE - Et la tête près du bonnet !

AUBEPINE - Quoiqu’il fasse, avec lui, il y a toujours des thunes à gratter !

CAMELIA – Et alors ? Le Barbier, c’est du poil à gratter !

FLEUR DE LYS - Des ruses pour piquer du fric !

MARGUERITE - Pour Figaro, il y a toujours moyen d’attraper quelqu’un, de le faire donner dans un bon piège, et d’empocher son or ! Tiens, c’est écrit là, c’est lui qui le dit.

AUBEPINE - Et sa copine qui lui balance : De l’intrigue et de l’argent ; te voilà dans ta sphère . Tiens !

CAMELIA - C’est bon !

COQUELICOT - Sur la fin, je dis pas.

MARGUERITE - Dès le début, il a compris que l’utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de l’esprit. Le beau révolutionnaire !

EGLANTINE - Un révolutionnaire qui se rêve gentilhomme quand il n’est qu’un bâtard !

AMARANTE - Tu vois pas comme il mouche le comte ! Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de bien ? Vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus !

CAMELIA - Et il ajoute : Tandis que moi, morbleu ! perdu dans la foule obscure, il m’a fallu déployer plus de science et de calculs pour subsister seulement, qu’on n’en a mis depuis cent ans à gouverner toutes les Espagnes !

COQUELICOT - L’égalité des chances ! la reconnaissance du mérite personnel, voilà ce qu’il réclame ! Si c’est pas révolutionnaire !

EGLANTINE - Et la cause des femmes !

FLEUR DE LYS - Tu parles !

EGLANTINE - Il tire Suzanne des griffes d’Almavira qui est un prédateur.

FLEUR DE LYS - Un prédateur, le comte ?

CAMELIA - Un prédateur sexuel !

MARGUERITE - Il veut juste user d’un droit ancien. En ce temps-là…

CAMELIA - Super !

COQUELICOT - Le droit de cuissage !

AMARANTE - Ça te plairait, toi !

FLEUR DE LYS - Faut voir.

CAMELIA - C’est les privilèges qu’il attaque !

AUBEPINE - C’est son amoureuse qu’il défend !

MARGUERITE - Il est moins regardant avec les… comment disait-on ? les…Dames de petite vertu. Un commerce acceptable pour Figaro !

FLEUR DE LYS - Le commerce, toujours le commerce.

MARGUERITE - Déjà, cette priorité de sauvegarder les emplois. Il est très en avance sur son temps.

AMARANTE - Figaro, c’est le premier des féministes !

CAMELIA - Un visionnaire !

MARGUERITE - C’est quand même pas Simone de Beauvoir !

AUBEPINE - C’est quand même pas le Che !

EGLANTINE - Ch’est pas comme cha qu’on va avancer.

(Un long temps d’accablement. Elles mangent des bonbons.)

FLEUR DE LYS - N’empêche, avec le temps, il s’embourgeoise. Carrément.

EGLANTINE - Quand t’as souffert, quand t’as rien eu à becqueter... Dans ma vie, j’ai eu si souvent l’estomac vide, que le mot « bourgeois » s’est vidé de toute horreur pour moi.

AUBEPINE - On y revient toujours, l’estomac.

FLEUR DE LYS - Ça ! il en a, de l’estomac !

AUBEPINE - Il doit le remplir, c’est sa priorité.

CAMELIA - Tout le monde doit bouffer, même les héros.

MARGUERITE - Il n’est le héros que de Suzanne, et tu sais comment ça finit.

CAMELIA - Quoi, Suzanne ?

MARGUERITE – Dis-lui, toi !

AUBEPINE - Suzanne : Mon figaro était confiant dans l’avenir, même quand l’orage menaçait ; il courait à la fenêtre quand la foudre tombait, alors que toi – tu ne sors pas sans parapluie, même s’il n’y a que des petits nuages ! Mon Figaro a croupi en prison pour avoir écrit la vérité, toi, tu n’oserais pas lire ses écrits, même en cachette ! Mon Figaro fut le premier à dire son fait à un comte Almaviva au sommet de sa puissance. Toi, tu gardes les formes (dans ce bled minable) de Grand-Bisbille ! Tu es un petit-bourgeois, lui était un citoyen du monde !

FLEUR DE LYS - Rhabillé pour l’hiver !

AMARANTE - Celle-là, elle pète toujours plus haut que son cul !

AUBEPINE - Il est devenu frileux. Peur de l’avenir, peur des gendarmes, peur pour sa boutique.

EGLANTINE - Oui, mais il rebondit.

CAMELIA - Figaro rebondit toujours.

MARGUERITE - C’est un être bondissant et rebondissant. Une vraie balle de tennis, plus il en prend plus il rebondit !

CAMELIA - C’est lui qui frappe !

MARGUERITE - Ah bon ! sur quoi ?

CAMELIA - L’aristocratie.

MARGUERITE - Et alors ?

CAMELIA - Il veut plus de justice !

AUBEPINE - La cause des femmes ne suffisait pas !

CAMELIA - Sans Figaro, tu serais encore…

MARGUERITE - Encore quoi ?

EGLANTINE - Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante ! Voilà ce qu’il dit Figaro.

COQUELICOT - Oh !

AUBEPINE - Et : Une femme nous fait assez de bien quand elle ne nous fait pas mal.

COQUELICOT - Il a dit ça, Figaro ?

AUBEPINE - C’est l’esprit qui compte.

FLEUR DE LYS - Il a dit tant de choses qu’on ne sait plus !

EGLANTINE - Une chose est-elle invraisemblable parce qu’elle était possible autrement…

FLEUR DE LYS - Ça oui !

CAMELIA – Moi aussi je peux t’en balancer ! Tout maître est le valet d’un autre.

AUBEPINE - Il faudra toujours des chevaux pour tirer un carrosse.

AMARANTE - Maître ou valet, on n’a le cul troué qu’une fois.

AUBEPINE - Menteuse !

COQUELICOT - L’herbe rase sera toujours plus verte que le foin de la mangeoire.

AUBEPINE - Déclaration de ruminant !

MARGUERITE - Râtelier bien garni vaut mieux qu’herbe rase. Belle conception du bonheur !

EGLANTINE - Nous serions tous plus heureux si nous étions capables de nous dire que nous ne devons pas forcément aller mieux mais que nous pourrions aller plus mal.

FLEUR DE LYS – Là, c’est plus clair !

AMARANTE - Le grand malheur d’être soi-même quand on se voudrait à la place d’un autre.

FLEUR DE LYS – Pourquoi tu me regardes ?

CAMELIA - En toute vérité l’inverse est également vrai.

FLEUR DE LYS - Arrête, tu m’embrouilles !

COQUELICOT - L’important est-il ce que l’on dit sans y penser ou ce que l’on pense dans le dire ?

FLEUR DE LYS - Arrêtez !

AMARANTE - Tout n’est pas risible, mais il faut rire de tout.

CAMELIA - Le désordre n’est qu’un nouvel ordre qui se met en place.

MARGUERITE - Ce qu’une poche peut contenir une autre est faite pour l’accueillir.

FLEUR DE LYS - Je vais toutes vous tuer !

EGLANTINE - Tiens parole, tu feras exception à l’usage !

CAMELIA - Figaro a tué la noblesse.

COQUELICOT - Danton. Ah !

AUBEPINE - Figaro, c’est le laquais hardi, le bâtard insolent de quelque grand seigneur.

COQUELICOT - Michelet. Et toc !

MARGUERITE - Bref, Figaro n’est qu’un fort en gueule

COQUELICOT - C’est toi qui pues de la gueule !

MARGUERITE - Pour la parfumer, un petit bonbon peut-être ?

CAMELIA - Ils viennent d’où ?

AUBEPINE - Ô mystère des origines.

CAMELIA - J’en veux un ! (Marguerite l’en empêche). Donne ! (Marguerite se sauve avec le bocal) Arrête ! (Marguerite jette un bonbon à Camélia). MARGUERITE - Un seul !

CAMELIA- Quoi ?

MARGUERITE - Tu te goinfres !

CAMELIA - J’en ai pris que deux, depuis tout à l’heure.

MARGUERITE - C’est trop !

CAMELIA - Toi t’en as mangé au moins cinq !

FLEUR DE LYS - Et moi six, la-la-la!

CAMELIA - Et moi deux c’est trop ?

MARGUERITE - C’est déjà un privilège.

AUBEPINE - Un effet de notre bonté.

FLEUR DE LYS - C’est pas pour ton bec de sale gourmande !

CAMELIA - Ma gourmandise vaut bien la vôtre !

AUBEPINE - On n’aurait jamais dû lui permettre d’y goûter.

FLEUR DE LYS - Ce besoin de sucre quand on ne fait pas la différence entre le cassis et la banane.

MARGUERITE - Écoute ! tu ne peux pas consommer plus qu’au prorata de la richesse que tu apportes.

AUBEPINE - Ce n’est que justice.

CAMELIA - La justice est ignorante, sotte, vénale, formaliste, docile, lâche, moutonnière envers les puissants.

MARGUERITE - Bonne réponse. Allez, gave-toi !

EGLANTINE - Il existe deux sortes de justices : tout l’un ou tout l’autre.

AUBEPINE - Il s’arrange avec les deux, c’est malhonnête.

FLEUR DE LYS - Rien n’est autant haï ni méprisé dans ce monde qu’un homme honnête et débrouillard. Une seule solution : il faut choisir. L’honnêteté ou la débrouillardise. Moi, j’ai choisi.

MARGUERITE - Chacun pour soi, la voilà sa justice.

COQUELICOT - Il est juste démerdard. Démerdard c’est pas une tare !

MARGUERITE - Rouler les autres et rouler pour soi.

AMARANTE - Il a simplement compris le monde. Qu’est-ce que t’attends de lui ? Il n’est pas à lui tout seul le conseil d’Etat !

MARGUERITE - Alors ses conseils, il peut se les garder.

AUBEPINE - Ses sentences !

CAMELIA - Il est pas dans les sentences, il agit !

COQUELICOT - Il en dénoue des situations !

AUBEPINE - Il en fait des embrouilles !

AMARANTE - Il est quand même vachement habile.

MARGUERITE - Un petit côté Tintin ! Deviner l’énigme du Sphinx ; ou bien en être dévoré.

CAMELIA - Un magicien !

MARGUERITE - Par la force de mon art, je vais d’un seul coup de baguette endormir la vigilance, éveiller l’amour, égarer la jalousie, fourvoyer l’intrigue et renverser tous les obstacles. Le roi du baratin !

CAMELIA - Un maître de la persuasion !

AUBEPINE - Il n’a que la parole et la parole c’est du vent. C’est un valet !

COQUELICOT - Sa parole est libérée, elle bouge, elle virevolte, elle cabriole, au pays où tout est figé. C’est un maître !

MARGUERITE - Lazzis de comédie, rien d’autre. Un valet !

AMARANTE - Figaro est maître du dialogue, c’est lui qui le conduit.

MARGUERITE - Et où sa verve étincelante mène-t-elle cet orateur de génie ? Dans une boutique, à compter ses sous, à brosser dans le sens du poil, à craindre l’avenir, la conscience ratatinée, le cœur sec, égoïste, fermé, même pas capable de faire un gosse à sa femme !

AUBEPINE - Dans le ratage de vie, quel maître !

EGLANTINE - Mais il trouve la force de sortir de l’exil.

AUBEPINE - Pour devenir quoi ? Intendant !

MARGUERITE - La consécration des valets !

CAMELIA - Il dénonce le système, c’est un maître !

AUBEPINE - Il s’adapte au système, c’est un valet !

FLEUR DE LYS - Figaro-ci, Figaro-là !

EGLANTINE - Maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune.

FLEUR DE LYS - Finalement il se coule dans le moule.

AUBEPINE - C’est du gâteau !

MARGUERITE - Gâteau aristo ou gâteau phrygien, c’est toujours du gâteau.

AUBEPINE - Qu’importe le régime, il ne s’y met pas !

FLEUR DE LYS - Toujours bien servi à servir toujours !

EGLANTINE - Et qui a le dernier mot ?

TOUTES - Servir, c’est obéir.

TOUTES - Obéir, c’est servir !

EGLANTINE - Garde à vous ! Trompettes ! Fermez le banc !

AUBEPINE (dans le rôle du comte) - . Figaro, anonyme serviteur dont l’unique patronyme est celui du maître auquel tu t’attaches, au nom des privilèges immarcescibles que les nobles fées ont déposés dans mon berceau, je te décerne le Grand Bidule d’or du parfait valet : faux-cul, roublard, envieux, voleur, irrespectueux, inconstant, cupide, indiscret, persifleur, menteur, bidouilleur ; et j’ajoute sycophante.

CAMELIA (dans le rôle de Figaro) - Votre Excellence, sans la liberté de flatter, il n’est point d’affront correcteur et je rends grâce à votre sens de l’observation. Vous avez compris que, pour me paraphraser moi-même, être hypocrite n’est pas la moindre manifestation de la liberté. Il faut l’être, sinon nous nous retrouvons un jour dans le caniveau ! Hypocrite, je l’ai été, je ne suis pas dans le caniveau. Je n’ai guère de mérite tant il est vrai que des gens comme vous… avec un brin d’intrigue, on les mène où l’on veut, par le nez, dans le Guadalquivir ! Aussi n’ai-je pas de mot pour vous exprimer le sentiment qui m’anime à l’instant et je crains fort que l’émotion ne m’empêche de le trouver l’instant d’après, mais vous en découvrirez un sans peine dans tous ceux que j’ai prononcés à votre égard pendant le long service que fut le mien et la grande patience qui fut la vôtre.

(Longue accolade)

AUBEPINE (dans le rôle du comte) - Figaro, connais-tu beaucoup de valets qui fussent dignes d’être des maîtres ?

CAMELIA (dans le rôle de Figaro) Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas mal.

EGLANTINE - Figaro est un valet chez les maîtres et un maître chez les valets.

AMARANTE - Au diable ! Tout ce que je veux retenir de lui, ce sont ses bulles de champagne.

COQUELICOT - Oui, Figaro, tu es du champagne !

FLEUR DE LYS - Alors, si c’est du champagne !

AUBEPINE - On peut le boire dans des verres à moutarde !

CAMELIA - Avant qu’elle ne nous monte au nez !

EGLANTINE - Faites péter les bouchons !

RITOURNELLE

Maître ou valet ah quelle histoire

Amant, cocu ou bien mari

Il restera dans nos mémoires

Le gai Figaro sans répit

A semer des grains de folie

Merci à lui d’avoir tant ri

Figaro-là Figaro-ci

Gaudeant bene nati

Boute-en-train, boutefeu, rebelle

Maniant le sabre ou le rasoir

Frondeur ou serviteur fidèle

Qu’il sût louvoyer dans la vie

Sans rien attendre du Grand Soir

Merci à lui d’avoir tant ri

Figaro-là Figaro-ci

Gaudeant bene nati

FIN

( P A - janvier 2016)

Liste de citations utilisées

Les citations sont tirées de la trilogie de Beaumarchais et de Figaro divorce de Ödon von Horvàth.

Si pour déterminer mon âge, je devais me fonder sur des dates importantes de ma vie, j’en déduirais, mais à tort, que j’ai environ trois cents ans – tant j’ai d’événement derrière moi. Les Tziganes m’enlèvent, avant même que je connaisse mes parents, je leur échappe pour ne pas être vagabond, je m’efforce d’obtenir vaille que vaille un honnête métier et trouve (…) toutes les portes fermées. J’avais faim, j’avais des dettes (…) ! Je finis par trouver une porte ouverte et prends tous les métiers pour survivre, journaliste, maître d’hôtel, politicien, joueur, représentant, barbier, maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune, ambitieux par vanité, travailleur par nécessité, mais paresseux de nature et avec délices ! Orateur à l’occasion, poète par délassement, musicien au besoin, amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé, puis l’illusion s’est détruite, et, trop abusé, j’ai fini – par me marier ! ( Divorce, I-1, reprenant Mariage)

L’utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de l’esprit » (Barbier I-2)

« Parce que vous êtes un grand seigneur, vous vous croyez un grand génie !... noblesse, fortune, un rang, des places ; tout cela rend si fier ! Qu’avez-vous fait pour tant de bien ? Vous vous êtes donné la peine de naître, rien de plus ! » (Mariage V-3)

Dans ma vie, j’ai eu si souvent l’estomac vide, que le mot « bourgeois » s’est vidé de toute horreur pour moi. (Divorce, I-4)

J ai environ trois cents ans – tant j’ai d’événement derrière moi. Les Tziganes m’enlèvent, avant même que je connaisse mes parents, je leur échappe pour ne pas être vagabond, je m’efforce d’obtenir vaille que vaille un honnête métier et trouve (…) toutes les portes fermées. J’avais faim, j’avais des dettes (…) ! Je finis par trouver une porte ouverte et prends tous les métiers pour survivre, journaliste, maître d’hôtel, politicien, joueur, représentant, barbier, maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune, ambitieux par vanité, travailleur par nécessité, mais paresseux de nature et avec délices ! Orateur à l’occasion, poète par délassement, musicien au besoin, amoureux par folles bouffées, j’ai tout vu, tout fait, tout usé, puis l’illusion s’est détruite, et, trop abusé, j’ai fini – par me marier ! (Divorce, I-2)

Je me presse de rire de tout, de peur d’être obligé d’en pleurer. (Figaro, Barbier, I-2)

Figaro est le fruit d’un amusement . (lettre modérée, Barbier)

Jamais fâché ; toujours de belle humeur ; le beau, le gai, l’aimable

Figaro ! (Marcelline, Barbier)

Partout supérieur à l’événement . (Barbier I-2)

Une sagesse assaisonnée de gaieté . (lettre modérée, Barbier)

Et vive la joie ! Qui sait si le monde durera encore trois semaines ? (Barbier III-5)

Figaro, homme de lettres vite convaincu « que l’utile revenu du rasoir est préférable aux vains honneurs de l’esprit » (Barbier I-2)

Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas mal. ( Figaro, Barbier I-2)

Une chose est-elle invraisemblable parce qu’elle était possible autrement… (Lettre modérée/ Barbier)

Nous serions tous plus heureux si nous étions capables de nous dire que nous ne devons pas forcément aller mieux mais que nous pourrions aller plus mal. (Divorce III-2)

Être hypocrite n’est pas la moindre manifestation de ma liberté, il faut l’être, sinon nous nous retrouverons un jour dans le caniveau ! (Divorce II-1)

avec un brin d’intrigue, on les mène où l’on veut, par le nez, dans le Guadalquivir ( fleuve qui passe à Séville) (Mariage, II-2)

Aux vertus qu’on exige chez dans un Domestique, Votre Excellence connaît-elle beaucoup de Maîtres qui fussent dignes d’être Valets ? (Barbier I-2)

Se moquer des sots, braver les méchants, rire de sa misère et faire la barbe à tout le monde ( paraphrase de Figaro, Barbier I-2)

Dans ma vie, j’ai eu si souvent l’estomac vide, que le mot « bourgeois » s’est vidé de toute horreur pour moi. (Divorce, I-4)

Figaro : « Ah ! s’il y avait moyen d’attraper un de ces grands trompeurs, de le faire donner dans un bon piège, et d’empocher son or ! »

Suzanne : De l’intrigue et de l’argent ; te voilà dans ta sphère ( Mariage I-2).

Ô femme ! femme ! femme ! créature faible et décevante ! (Figaro, Mariage, V-3).

Nous serions tous plus heureux si nous étions capables de nous dire que nous ne devons pas forcément aller mieux mais que nous pourrions aller plus mal. (Divorce III-2)

Il existe deux sortes de justices. Tout l’un ou tout l’autre (Divorce I-2)

La justice est ignorante, sotte, vénale, formaliste, docile, lâche, moutonnière envers les puissants (Mariage)

- Un Grand nous fait assez de bien quand il ne nous fait pas de mal. (Barbier, I-2)

Michelet : Figaro, c’est le laquais hardi, le bâtard insolent de quelque grand seigneur. Je ne vois nullement en lui l’esprit de la révolution. »

Danton : Figaro a tué la noblesse.

Tiens parole, tu fera exception à l’usage ! (Mariage IV-3)

- Rien n’est autant haï ni méprisé dans ce monde qu’un homme honnête et débrouillard. Une seule solution : il faut choisir. L’honnêteté ou la débrouillardise. Moi, j’ai choisi. (Divorce, III-2)

Deviner l’énigme du Sphinx ; ou bien en être dévoré. (Mére, V-7)

Les instincts de Figaro, on ne peut rien leur reprocher ! Tout ce qu’il a prédit arrive et tout ce qu’il arrive, il l’a prédit. (Figaro divorce)

Par la force de mon art, je vais d’un seul coup de baguette endormir la vigilance, éveiller l’amour, égarer la jalousie, fourvoyer l’intrigue et renverser tous les obstacles. (Barbier, I-6)

Maître ici, valet là, selon qu’il plaît à la fortune (Mariage, V-3)

Gaudeant bene nati (que se réjouissent les bien-nés, Figaro dans la ritournelle finale du Mariage)

http://theatreesquif.wix.com/theatredelesquif#!nos_spectacles/c1bbk

Tag(s) : #Editions Mon Petit Journal

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