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La Tentation de la bicyclette : Edmondo de Amicis n'y succomba qu'en rêve !

En ce temps-là, les voyageurs à vélo n'emportaient pas de téléphone portable et ne communiquaient pas par Internet. En ce temps-là un écrivain pouvait publier un ouvrage sur le vélo sans être jamais monté dessus, tel ce petit livre écrit par un contemporain de Vélocio (Paul de Vivie) promoteur du cyclotourisme. Il s'agit d'une plaquette au contenu rare, surgi du passé, car réédité en français en 2009, mais écrit en italien par Edmondo de Amicis (traduction d'Olivier Favier) en 1906 sous le titre qu'il n'est pas besoin de traduire : La Tentazione della bicicletta.

VÉLOS D'UN AUTRE TEMPS

En ce temps-là, l'acier n'avait pas été remplacé par le carbone et les mollets musclés par la vogue grandissante du moteur électrique...

Il s'agit d'un livre rare (que m'a dégotté mon frangin Pascal, merci!) car signé, c'est une référence, par l'inventeur du roman-reportage. Edmondo de Amicis y explique qu'il ne vit d'abord dans la bicyclette qu'un spectacle plaisant, mais que l'engin à la mode, héritier de la draisienne, allait vite devenir à ses yeux l'objet de tentations répétées, car lui ayant été présenté comme un remède-miracle à tous les maux, capable d'apporter encore du plaisir à des personnes très handicapées physiquement, capable de convenir à et de réjouir des gens n'ayant plus, loin de là, un physique de sportif.

LA TÊTE ET LES JAMBES

Bien que réfractaire à cette mode, Edmondo fut la cible de maintes sollicitations, se vit offrir nombre d'essais vélocipédiques, chacun l'exhortant à pédaler, même sous le prétexte d'augmenter, par la magie du pédalage, ses capacités intellectuelles.

Cependant, malgré toutes ces pressions, Edmondo parvenait à se raisonner, à chasser toutes les tentations, au risque d'être délaissé par ses amis qui exultant en selle et s'exaltant, finissaient par lâcher l'irréductible piéton, l'un d'eux se risquant même à le persécuter pour lui mettre à tout prix un guidon entre les mains.

L'écrivain préférait tenir fermement sa plume, et c'est alors que la tentation lui vint de toute une littérature abondante glorifiant la merveilleuse machine à deux roues.

UN CYCLISME ONIRIQUE

Après une résistance héroïque, Edmondo finit par succomber, mais seulement lors de son sommeil ; il vit ses rêves tomber sous l'emprise du vélo à tel point qu'il devint, dit-il, un « cycliste de l'oreiller » dont le réveil de piéton déçu était misérable.

Si finalement Edmondo résista jusqu'au bout à la satanique machine, ce ne fut pas sans regrets, car il avait fort bien mesuré les bienfaits auxquels il avait renoncés. En effet il invite, dans les dernières lignes, ses lecteurs à « sauter en selle l'esprit résolu ».

Un conseil étonnant après cette persévérance dans le rejet, lequel me fait penser que tout l'ouvrage a pour but final la promotion de la confrérie des chevaliers du dérailleur ! Mais traduit aussi, selon le préfacier-traducteur, « la mélancolie du reporter ».

MERVEILLE TECHNOLOGIQUE

Toujours est-il qu'un siècle plus tard, nous sommes des millions a avoir succombé, un jour ou l'autre, au charme de la petite reine dont la mécanique était déjà bien aboutie au début du siècle dernier, mais qui aujourd'hui, pour ce qui est des modèles les plus simples, représente déjà une merveille technologique, et qui pour le haut de gamme prend la forme de véritables bijoux d'une légèreté et d'une précision infinies, dignes de l'horlogerie et dont certains organes valent (presque) leur poids en métal précieux (le plus léger étant le plus onéreux).

Un luxe qui pourra sembler inutile car il n'est pas besoin de tels bijoux. Un banal VTT suffit à chacun pour aller partout, trois ou quatre fois plus vite et plus loin qu'en usant des godillots.

Et je crois bien que si l'on avait mis dans les mains d'Edmondo l'une des bêtes de race d'aujourd'hui, aussi rutilantes que légères, il n'aurait pas écrit « La Tentation de la Bicyclette » mais il aurait rêvé de rédiger un roman-reportage sur son propre tour de France cycliste...

Les Editions du Sonneur, à Paris, troisième édition en 2014

Edmondo de Amicis, préface et traduction d'Olivier Favier
La Tentation de la bicyclette : Edmondo de Amicis n'y succomba qu'en rêve !
La Tentation de la bicyclette : Edmondo de Amicis n'y succomba qu'en rêve !
Tag(s) : #MA RUBRIQUE DU VELO, #Livres
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