Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Une nouvelle alerte sismique a eu lieu ce samedi, peu avant 8 h locales, à Mexico. Elle aurait été faiblement ressentie dans la capitale du pays   mais les gens sont descendus en nombre dans la rue.

Il a fallu interrompre provisoirement  les opérations de recherches de victimes de la catastrophe du 19 septembre qui a fait près de trois cents morts et on imagine donc l'angoisse de la population.

Ce séisme a eu pour épicentre la région de Oaxaca où il n'y aurait pas de dégâts signalés pour l'instant. Pas de problèmes notables non plus  à Puebla, plus proche de Mexico,  où le séisme de force 6,1 a été faiblement ressenti. Informations résumées provenant des sites de la presse  mexicaine que j'ai consultés, informés par la Protection civile qui appelle au calme les habitants 

**************************************

Séisme au Mexique, l'émouvant témoignage d'Isabelle, franco-mexicaine : « ET POURTANT IL NE M'EST RIEN ARRIVE »

Merci à mes aimables abonnés de partager cet article sur leurs réseaux sociaux


 

Après le terrible séisme qui a causé des ravages à Mexico et dans les états voisins, notre fille Isabelle, qui a vécu l'événement (il s'est produit le jour anniversaire de la catastrophe de 1985 qui avait fait plus de 10 000 morts) Isabelle nous envoie son émouvant témoignage, un très beau texte, très délicat, très sensible, plein de discrète compassion qui relate ce qu'elle a vécu concrètement et ressenti douloureusement en cette journée terrible qu'elle n'oubliera jamais.

Et pourtant, titre-t-elle, il ne m'est rien arrivé.

Son titre résume tout. Son texte fait naître chez nous beaucoup d'émotion et aussi de la peur rétrospective. Nous savons que de tels événements, que de telles catastrophes, peuvent se reproduire.

Et c'est pourquoi le message en filigrane est essentiel. Il témoigne d'un grand coeur. Ce message met en évidence l'importance de la solidarité, si réconfortante, si indispensable en de tels moments. Cette solidarité qui rime avec le mot fraternité ! Et que chacun manifeste à sa manière.


 


 

Et pourtant, il ne m´est rien arrivé…

Le 19 septembre 2017 avait pourtant bien commencé. Nous avions été bien sur prévenus du « simulacro » commémoratif et comme il nous avait été indiqué que nous allions devoir évacuer l´immeuble et marcher un peu, j´avais pris la précaution de prendre mes flats pour ne pas à avoir me fatiguer en talons hauts.

A 10h55, l´alarme sismique retentit comme prévu. Comme il s´agissait d´un exercice à niveau national, même l´application « SkyAlert » de mon IPhone m´envoyait des notifications écrites d´alerte ainsi que des messages vocaux de « Sismo detectado ». L´ambiance était légère, nous nous sommes prêtés au jeu sans broncher, nous avons descendu les 7 étages de l´immeuble « Torre Esmeralda III » (qui en compte 24 en tout) et nous avons marché jusque la zone de sécurité où nous avons attendu les instructions pour pouvoir remonter dans nos bureaux et travailler un peu. À 12h30, tout était terminé.

Après cette pause, nous avons recommencé notre labeur journalier ; pour ma part une réunion de préparation du budget de l´année prochaine, en conférence téléphonique avec des collaborateurs situés sur d´autres sites de A. au Mexique.

A 13h14, tout s´est mis à bouger. Après quelques secondes, le temps de réagir, Erika, ma chef, eu le bon réflexe. Ses mots furent clairs et précis : « está temblando, ya vamonos ». Notre sang n´a fait qu´un tour (pas le temps de changer de chaussures cette fois), et comme nous pouvions (car notre tour tanguait fortement), nous nous sommes rendus dans la zone de sécurité située à côté des escaliers et nous avons attendu que ça se calme. La peur au ventre, mais un calme apparent, je ne cessais de me répéter les mêmes mots que lors du séisme d´une dizaine de jour auparavant : que ça se termine vite, vite, vite, por favor. Et puis ça s´est arrêté. Les instructions de sécurité qui nous furent données via les hauts parleurs étaient simples : ne pas bouger, ne pas évacuer. Attendre. Nous avons donc attendus et comme les téléphones portables sont une extension de nous maintenant, nous les avions tous dans nos mains, et nous avons donc profité de ce temps mort pour envoyer des messages à nos proches. Saul allait bien. Ouf ! Et puis ont commencé les alertes de Sky Alert. « Sismo detectado, sismo detectado ». Nous ne ressentions plus rien cependant. Les alertes étaient déphasées mais nous commencions à prendre la dimension de ce séisme pas comme les autres. Un nouveau message de Saul : « un immeuble s´est effondré dans le quartier Roma ». Je n´en crois pas mes yeux, la Roma est située à 500 mètres de notre quartier. Peu à peu, nous commençons à voir les images qui circulent sur les réseaux sociaux, les effondrements de toutes parts. C´est intenable de devoir rester dans notre tour, nous n´avons qu´une envie : descendre.

Au bout de ce qui nous semble une éternité, 30 minutes je pense, nous sommes autorisés à quitter notre zone de sécurité. L´immeuble est sûr. Mais notre envie de quitter les locaux est toujours pressante, et nous quittons les locaux pour aller manger un morceau. Dans le quartier Lomas, peu de dégâts. Une plaque de plâtre est tombée dans le Lobby de notre tour. Dans la rue, des vitres cassées, quelques briques tombées, mais rien de plus. Les images des quartiers centraux de México que nous observons tout en mangeant sont bien différentes. Condesa, Roma, Centro, Del Valle, tous ces quartiers que je connais si bien vivent un cauchemar. Un nouveau message de Saul : « notre immeuble va bien ». Oui, je dis va bien comme s´il s’agissait d’une personne car aujourd´hui, les immeubles ont pris vie dans Mexico. Je suis soulagée. Après le déjeuner, quelques collègues rentrent chez eux. Saul devant encore rester chez Disney, je décide également de remonter dans ma tour ; pas envie d´être seule. Vers 19h, presque plus personne, je décide d´aller au Starbucks attendre mon homme. Une sage décision, puisque lorsque nous nous retrouvons vers 21h à la maison, il n´y a pas d´électricité, pas de gaz, pas d´internet. On entend juste les ambulances et les hélicoptères. C´est le noir complet. Et dans le noir, je n’aime pas être toute seule ! La soirée se passe, on mange un morceau. Les chaussures sont à côté de la porte, les clefs sur la serrure. Je commence à préparer un sac d´urgence avec passeport, argent. On ne sait jamais. Heureusement j’ai encore de la batterie sur mon IPad, et je relis « les Malheurs de Sophie » de la Comtesse de Ségur pour passer le temps. Une lecture légère étant tout ce que je peux absorber. Vers 23h la lumière revient, nous allumons la télé, les scènes sont impressionnantes. Je mets mon pyjama, le plus décent possible, pas envie d´être en nuisette s´il faut descendre. Nous essayons de dormir mais c´est difficile ; nous tendons l´oreille, la peur d'entendre à nouveau une alarme sismique.

La nuit se passe. Au réveil, la première chose que je fais est regarder le téléphone, lire les messages de gens qui se sont préoccupés pour moi, leur répondre. Rassurer famille et amis.

A part les hélicoptères, la ville est calme, trop calme. On n´entend pas les bruits normaux des matins de semaine, klaxons, enfants qui crient en arrivant à l´école, ni les tamales, ni le fierro viejo. Rien. Beaucoup d´entreprises permettent à leurs employés de faire « home office ». Pas A. Je me douche donc très vite, m´habille tout de suite. Cette peur de devoir descendre à moitié nue me poursuit. Une fois prête, je prends ma voiture, direction Lomas, tout en écoutant à la radio les nouvelles.

Une petite fille serait encore vivante dans les décombres de cette école effondrée. Lueur d´espoir. C´est dur de ne pas pouvoir aider, tellement de Mexicains sont mobilisés, alors si l´on m´oblige à travailler, que cet argent gagné serve au moins aux victimes. Un don à la fondation de Carlos Slim, un transfert à notre ami Magdaleno, pour qu´il puisse aider les habitants de Cuernavaca et de l'état de Morelos, très fortement touché également. C´est peu de chose, mais c´est déjà ça. Saul, qui travaille de la maison, a marché vers les immeubles effondrés, pour proposer son aide. On lui dit gentiment que les professionnels sont sur le terrain, que les gens ont assez à manger pour le moment. On lui recommande le site internet « comoayudar.mx », qui résume les sites pour faire un don, savoir où aller pour proposer son aide si l´on est médecin, infirmier ou ingénieur.

Je rentre tôt à la maison ; sur le champ de Mars, le beau drapeau mexicain est en berne.

Une nouvelle soirée, une nouvelle nuit, les nouvelles précautions qui finiront par devenir une habitude.

En ce matin du 21 septembre, l’ambiance est encore très morose à Mex, la vie reprend peu à peu son cours mais nous nous sentons tous profondément tristes.

Je me sens particulièrement triste, le moral est au plus bas, je me sens fatiguée, courbaturée. J’ai le cœur serré, la boule au ventre, je ne cesse de penser à tous ces gens. Les images me donnent envie de pleurer.

Ce 19 septembre restera gravé à tout jamais dans ma mémoire.

Et pourtant, il ne m’est rien arrivé.

Isabelle.


 

Tag(s) : #Infos, #séisme, #tremblement de terre, #Mexico, #Mexique

Partager cet article

Repost 0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :