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Papillonner d'une boulangerie à l'autre, ou être fidèle à un unique fournil ?

Quand, au petit matin frileux d'automne, la ville est encore recouverte de sa chape de nuit, quand seules quelques silhouettes glissent comme des ombres sous les réverbères, il n'y a que les boulangeries, illuminées comme sapins de Noël, pour faire croire au retour du jour*.

C'est mon plaisir, quand va blanchir l'horizon, d'aller y quérir les baguettes croustillantes qu'enveloppent prestement, dans un bout de papier, les avenantes femmes de boulangers, maris et mitrons qui bien qu'enfarinés de fatigue continuent à surveiller les fournées de flûtes et de miches, de croissants et de brioches. Ils prennent parfois le frais, quelques secondes, à la porte des fournils qui embaument toute la rue d'un parfum représentant la plus éloquente des enseignes. Si je connais quasiment toutes les boulangeries d'Autun, elles sont une bonne douzaine, je n'ai pas de préférence pour l'une ou l'autre. Elles proposent toutes, en effet, de jolies productions artisanales fleurant bon le terroir, productions qu'épicent de radieux sourires commerciaux. Elles sont le lieu des premiers bavardages après le silence de la nuit. C'est pourquoi une scène quotidienne a retenu mon attention Grande Rue Marchaux où à quelques dizaines de mètres de distance se trouvent deux établissements voués à saint Honoré - ou à saint Lazare - que sans préférence particulière je fréquente indifféremment.

LE PAIN CROUSTILLANT DE SIX HEURES TRENTE

Comme l'un est toujours plus matinal que l'autre, j'ai tendance cependant à rendre visite à celui qui me proposera un pain bien craquant dès 6 h 30 alors que la porte de l'autre demeure encore close. Pour cause de panne d 'oreiller ? Par choix d'un horaire plus tardif ? Je ne sais...

Toujours est-il que j'ai remarqué, devant la boulangerie qui reste encore fermée, la présence de deux ou trois clients attendant patiemment son ouverture plutôt que d'aller se faire servir à deux pas pour gagner quelques minutes.

Parmi ces adeptes, je reconnais la silhouette d'un monsieur trimbalant en permanence sa bouteille d'oxygène ce qui laisse deviner quelques problèmes respiratoires, lesquels ne lui font pas craindre, pour autant, de battre la semelle un quart d'heure, debout, sous la pluie et dans la bise. Mais le temps passe vite en papotant avec ses amis les habitués de la boulangère élue, pour la qualité de ses viennoiseries ou pour la grâce de son sourire, je l'ignore, mais certainement pour des vertus que je n'ai pas encore distinguées.

Je pense qu'il pourrait s'agir, plutôt, d'un geste de fidélité, car n'étant pas personnellement animé par ce souci de constance, j'éprouve la même satisfaction à me faire servir dans l'une ou l'autre échoppe, les mystères de la concurrence me restant impénétrables !

* P.S. : Ce matin, après avoir rédigé cet article aux petites heures, la curiosité m'a poussé à demander à ces fidèles consommateurs le pourquoi de leur attente, et ils m'ont confirmé en souriant que, plus qu'une différence de qualité quant au pain, c'est la fidélité qui les pousse à faire le pied de grue, parfois un quart d'heure. Un noble sentiment qui les honore ! Mais je crois que je continuerai à papillonner, pour le plaisir !

* Je citerai également les quelques cafés proposant tabac et journaux où j'aime m'approvisionner en nouvelles et caféine dès l'aube car la lecture d'un quotidien agrémentée d'un petit noir fait aussi partie des bonheurs tranquilles de la vie.

Boulangeries, telles des phares éclairant la grisaille du petit matin.
Boulangeries, telles des phares éclairant la grisaille du petit matin.

Boulangeries, telles des phares éclairant la grisaille du petit matin.

Tag(s) : #Edito, #Vie quotidienne

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