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A vélo vers Mexicapa, Mexique, rencontre au bord du chemin, de la Passion et de la Nativité
Cuernavaca dort. Le soleil s'éveille à peine derrière la montagne. Le Popocatepel, fort en contrastes, remplit l'horizon car encore en contre-jour. Il va bientôt être dévoré par le changement de lumière, bouffé comme par une brume indéfinissable. Cuernavaca dort mais pas pour longtemps. Éclatent quelque part des pétards, des fusées, autant d'artifices qui à l'aube mettent un point final à une des multiples fêtes de décembre.

J'enfourche mon VTT pour un itinéraire montagnard auparavant partiellement découvert à vélo, mais je projette d'aller un petit bout plus loin. Quasiment au plus fort de la montée, je double un piéton, équipé d'un attirail d'entretien des piscines. Il va de l'une à l'autre, d'une maison à l'autre, c'est un des nombreux métiers mexicains.

Pour moi le plus dur est maintenant fait. J'ai passé la fameuse rampe à 15%, les villas, de plus en plus espacées, sont entourées de terrains de plus en plus vastes qui annoncent la fin de l'agglomération et la forêt proche, une forêt dont les arbres grimpent à plus de trois mille mètres, elle est immense, dense, peu fréquentée. Quelles rencontres peut-on y faire? Je n'y ai jamais vu grand-monde.

Le sommeil du juste des pèlerins

Voici la Colonia del Bosque, qui porte bien son nom, un poste de garde protège cette copropriété dit-on huppée. Mais tout près, dans l'herbe et les feuilles mortes, à côté d'une camionnette, plusieurs personnes dorment encore, pieds chaussés de brodequins sortant de la couverture qui les emmitoufle. Sans doute des pèlerins se rendant à Chalma, village montagnard et raviné où au XVIe siècle apparut une image du Christ. Je ne vais pas les réveiller pour vérifier.

Chevaux sauvages et horizons désertiques

Je continue à grimper vers la première épingle à cheveux qui correspond au fond du ravin où coule un ruisseau. Végétation luxuriante. Des chevaux quasi sauvages se baladent sur la chaussée. Se laissent approcher. Entre les frondaisons se distinguent les lointains, premiers plans érodés presque désertiques, puis chaînes bleutées de sommets fermant l'horizon. J'arrive au point culminant de cette route, à 2300 m d'altitude. Le vert des feuilles des pins joue avec l'azur du ciel. Sur les bas-côtés, de nombreuses petites chapelles et oratoires. Parfois des bougies y brûlent devant l'effigie du saint, qui là est un archange, Michel...je crois. Des calvaires marquent les lieux de tragédies, accidents de la route ou autres... Je descends très vite, ivresse de la vitesse,vers Chalma, jusqu'au village de Mexicapa.

Au pays des truites

Il s'établit sur les flancs d'un ravin où coule un clair torrent, lequel alimente les viviers à truites, qui se consomment dans des restaurants en terrasse. Ça me donne envie mais c'est trop tôt. Il y a aussi, au carrefour avec une impasse, un marchand ambulant qui détaille sur une petite table du poulet tout frais.Je passe aussi devant une petite école, fermée pendant les vacances, et plus loin un panneau attire mon attention : ici on vend des chiens, des bergers de travail... J'ai tant descendu que je sais bien qu'il y aura une nouvelle côte à monter. Au départ elle est très rude, mais pour moi, c'est vraiment le début de l'immense forêt d'altitude.

Chevauchées à deux roues ou quatre jambes

Des cavaliers, venant d'un sentier en contrebas, à gauche, passent devant ma bicyclette avant d'attaquer un chemin raide desservant une grande chapelle, et qui se perd ici dans la montagne. Pas de chemins de rando balisés GR en rouge et blanc comme dans l'Hexagone. Mais on peut se balader quand même. Avec de grands sourires ces centaures - tant ils sont à l'aise en selle - saluent cette autre manière de chevaucher...sur deux roues... Je continue jusqu'à un éperon rocheux qui domine les vallées, paysage grandiose, il y a là une jeune femme encapuchonnée frileusement dans un gros anorak qu'étonnent mes bras nus. On bavarde un peu. Vous venez de Mexico ? demande-t-elle. Non, seulement de Cuerna...

Oui, il fume encore

J'escalade en vitesse les rochers : le panorama est encore plus beau et surtout je vois maintenant la silhouette familière du Popocatepetl. Il fume encore, tant pis pour ses bronches millénaires. Je prends le temps d'observer la nature. Beaucoup de feuillus, des conifères, et aussi des arbustes fleuris de toutes les couleurs. Les pistils attirent les butineurs, dont un gros bourdon noir que je tente de photographier en vol. Contrôle sur l'écran. C'est à peu près réussi !

Au retour, à la descente donc, bien qu'il reste une côte à remonter - celle de la descente vers Mexicapa - je m'attendais à croiser beaucoup de pèlerins. Ils sont bien là, mais seulement à l'approche de Cuernavaca, dans la fameuse subida a Chalma, rudement pentue. A pied, par petites groupes, ils montent à pas pesants. Certains viennent de loin. Ils boitent parfois mais, courageux, ils iront jusqu'au bout. Ils portent souvent un sac à dos sur lequel est roulée la couverture du futur bivouac. A la main,une bouteille de Coca, boisson nationale. C'est parfois le seul viatique. Sur l'épaule une croix de bois, preuve qu'ils vont bien à Chalma. Certains portent en plus, sur le ventre, une poupée, un baigneur, images de Jésus à naître : Chalma, c'est la rencontre de la Passion et de la Nativité...

De retour à la maison, les images se bousculent encore dans ma tête. Un petit bout de route, comme ça, c'est beaucoup du Mexique qui est m'est révélé. La prochaine fois, j'irai un peu plus loin.

Le croissant de la Lune, comme on le voit sous les tropiques

Le croissant de la Lune, comme on le voit sous les tropiques

Scène fréquente au Mexique, les chevaux vagabonds, même en ville.

Scène fréquente au Mexique, les chevaux vagabonds, même en ville.

Au bord du chemin, des mini-chapelles, parfois aux bougies allumées

Au bord du chemin, des mini-chapelles, parfois aux bougies allumées

Mexicapa, truites tentatrices. Les tortillas, comme précise le panneau, sont faites à la main, ce qui est de rigueur dans les campagnes.

Mexicapa, truites tentatrices. Les tortillas, comme précise le panneau, sont faites à la main, ce qui est de rigueur dans les campagnes.

Mexicapa,  le restaurant dans le vallon humide, une image qui n'évoque pas, aux Européens, le Mexique

Mexicapa, le restaurant dans le vallon humide, une image qui n'évoque pas, aux Européens, le Mexique

Sur les hauteurs de Mexicapa, la forêt alterne avec des zones arides.

Sur les hauteurs de Mexicapa, la forêt alterne avec des zones arides.

C'est bien le Popo, vu d'encore plus loin !

C'est bien le Popo, vu d'encore plus loin !

Rencontre d'altitude : emmitouflée dès qu'il fait frais comme c'est de tradition au Mexique.

Rencontre d'altitude : emmitouflée dès qu'il fait frais comme c'est de tradition au Mexique.

Plantes sauvages

Plantes sauvages

Le vol du bourdon, à la recherche du nectar des fleurs.

Le vol du bourdon, à la recherche du nectar des fleurs.

Pèlerins dans la subida a Chalma, longue la route avant le but, le second pèlerinage du Mexique après la Guadalupe.

Pèlerins dans la subida a Chalma, longue la route avant le but, le second pèlerinage du Mexique après la Guadalupe.

Tag(s) : #Randonnée

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